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Le portrait mystique de Dürer

« Autoportrait à la fourrure » – 1500

Identification de la composition

Introduction

Albrecht Dürer - Autoportrait à 28 ans - 1500    Le Maître de Nürenberg réalise ce portrait pendant l'intense période de création qui sépare ses deux voyages en Italie (Venise). À son premier voyage (été 1494 - été 1495), Dürer a vraisemblablement rencontré le peintre Jacopo de Barbari. Selon les sources, celui-ci se serait installé vers 1500 à Nürenberg ou encore, Dürer et lui se seraient rencontrés à Wittenberg vers 1504, à 300 km au nord de Nürenberg. Leurs échanges ne traitaient officiellement que de proportions, selon les écrits même de Dürer...
   Son autoportrait de l'an 1500 est une véritable exposition des fondamentaux de la Géométrie Sacrée et de sa mise en oeuvre. On ne saurait ranger cette géométrie explicite dans la catégorie des canons du corps humain. La composition du tableau met à l'oeuvre des figures qui ne traduisent pas les "proportions" du sujet mais des valeurs symboliques, identifiables par leurs nombres selon un quadrillage.

Ci-dessus : Albrecht Dürer - Autoportrait à 28 ans
1500 - Huile sur panneau - Alte Pinakothek de Munich

L'identification du quadrillage

Albrecht Dürer - Autoportrait - Quadrillage    Le quadrillage sert à mesurer et à placer les figures. Il décide rarement de la composition, mais permet d'identifier les valeurs numériques. La Géométrie se met ainsi à parler un langage humain. Son premier statut est trop abstrait, en tant que cadeau de Dieu à l'Homme pour entrer dans l'univers du Céleste.
   Dans le cas qui nous occupe et comme souvent dans l'approche des oeuvres, l'identification du quadrillage passe par la manifestation d'un cercle de rayon 1 répété plusieurs fois sur le tableau. En l'occurrence, quatre cercles définissent l'espace du tableau avec une hauteur exacte de quatre. Une marge infime est laissée sur le bord à droite. Les compositions prennent souvent une liberté avec les cadres pour des raisons pratiques : ils peuvent changer, y compris à cause des chocs.


La racine du trois

Albrecht Dürer - Autoportrait - 2 et racine de 3    La clé de cette oeuvre s'est livrée par étapes, notamment par l'identification d'un Hexagramme. Au final, la composition est un dialogue entre la valeur du deux de l'inspiration et la racine de trois, expression du mystère céleste ( dont la trinité est un exemple).





   En haut comme en bas, les cercles se rapprochent jusqu'à entrer dans un rectangle de hauteur 2, leur diamètre, et de largeur 2/√3. Dans les deux espaces en forme d'amande ainsi constitués, Dürer place sa tête en haut et la main sur sa poitrine en bas.

Le Triangle Sacré

Albrecht Dürer - Autoportrait - Triangle sacré    Le Triangle Sacré est la base de développement de toute la Géométrie Sacrée. Les proportions 3, 4 et 5 de ses cotés n'annoncent pas ses propriétés incroyables. Pythagore est allé chercher ses secrets chez les Égyptiens :
• Son cercle inscrit a pour rayon 1, donc pour diamètre 2
• Les bissectrices de ses angles sont les diagonales d'un simple, d'un double et d'un triple carré
• L'hypoténuse prend une pente de sept quand le triangle s'incline de 45°
• Depuis l'angle des cotés 3 et 5, jusqu'au bord du cercle inscrit, la mesure est exactement de deux fois le nombre d'or : 2.Phi !



   Les quatre cercles de la composition s'inscrivent dans quatre triangles 3-4-5, dont le principal est ici représenté : sa bissectrice dorée, celle qui porte le nombre d'or (2.Phi), ici en jaune, passe sur la main de l'auteur, et désigne le coeur du cercle comme celui de l'Artiste. Les autres triangles n'ont pas cette force démonstrative.

Les hypoténuses

Albrecht Dürer - Autoportrait - Hypoténuses








   Voici, matérialisées en vert, les quatre hypoténuses des quatre triangles de la composition. Cette croix de Saint-André évoque le signe de croix par ses quatre quartiers constitués.


Liaison des triangles et des rectangles

Albrecht Dürer - Autoportrait - Liaison des triangles et des rectangles    Par définition, les bissectrices des angles droits des triangles sont liées aux rectangles de la première figure (les rectangles aux proportions √3). Elles se croisent sur la poitrine de l'Artiste et au milieu de sa bouche. Dürer croit à la parole et le revendique. Dans le contexte des valeurs symboliques énoncées, marquées par la racine du trois, cette parole se rappelle du Christ. Dürer se revendique comme Chrétien.
   Cette figure, comme les suivantes, mettent en évidence deux aspects fondamentaux de la Géométrie Sacrée. Ses compositions sont faites de plusieurs couches, de plusieurs types distincts de figures. Ensuite, ces différentes figures sont liées entre elles, à la façon des atomes pour former une molécule. En l'occurrence, les bissectrices des triangles deviennent diagonales des carrés inscrits aux rectangles. Remarquons au passage la coïncidence des sourcils avec le haut du carré inscrit au rectangle.

Le dessin des cercles internes

Albrecht Dürer - Autoportrait - Le dessin des cercles internes    En haut, les cercles de diamètre 2/√3 s'organisent en une trame pour dessiner la visage. L'Artiste a dressé quelques cheveux sur sa tête, et d'autres en avant pour le souligner. La moustache et des traits essentiels comme les ailes du nez, le phyltrum des lèvres, s'inscrivent dans ce maillage. Les centres de ces différents cercles ne sont pas placés au hasard : deux centres coïncident avec ceux des cercles de deux, et un autre se place au milieu de la barre du carré inscrit.


   En bas, les doigts s'inscrivent dans le même type de construction. Le triangle équilatéral s'ajoute à la palette des possibilités. L'un des cercles vient dessiner la manche.


Le grand Hexagramme de Salomon

Albrecht Dürer - Autoportrait - Le grand Hexagramme de Salomon    Son diamètre est égal à la flèche jaune du Triangle Sacré que nous avons vu plus haut, soit deux fois le Nombre d'Or, et sa barre horizontale vient s'ajuster avec celle du carré inscrit au rectangle bleu. Le placement des deux inscriptions du tableau accréditent la figure, autant que les arrondis des deux épaulettes du vêtement. Le Sceau de Salomon est l'objet de propositions pour la composition de cette oeuvre. Malheureusement, sans le quadrillage et sans les figures complémentaires, sa place, ses mensurations et sa signification sont erronées.
   L'Hexagramme de Salomon est la traduction de l'Amour parfait, de l'union des contraires résolus sur leurs centres qu'ils mettent en commun : en l'occurrence le menton, siège symbolique de l'action. Les Artistes sont des hommes d'action, et ne trouvent l'équilibre de leurs contraires que dans l'action.

Une preuve dorée

Albrecht Dürer - Autoportrait - Une preuve dorée    Quand il s'agit d'Harmonie, la tentation du Nombre d'Or est irrésistible.

   Le grand cercle mesure 2.Phi. Le tiers d'une branche vaut Phi/√3. C'est la mesure choisie pour construire le rectangle doré du visage. Son carré inscrit reprend une fois de plus la barre horizontale des sourcils pour se caler. Les sous-divisions dorés du rectangle décident des lèvres de l'Artiste. En bas, l'on comprend la position très particulière de la main. Tout le talent de Dürer est de nous faire oublier les contraintes de ces lignes avec lesquelles il joue en virtuose.


   Le rectangle du bas s'accorde curieusement au cadre initial. Le calcul en dira plus, mais le compas constate verticalement une exactitude des distances...

Conclusion - L'idée de structure

Albrecht Dürer - Autoportrait - L'idée de structure    La figure ci-contre nous montre les lignes essentielles des quatre couches de la structure du tableau. Il est possible de reconstituer l'intégralité de cette structure à partir du carré (ici en rouge) de coté 2/√3.    À parir de ce carré rouge, l'on peut reconstituer les deux rectangles qui voient se croiser les quatre cercles en haut et en bas, et construire ainsi les quatre Triangles Sacrés. L'Hexagramme s'obtient en faisant se croiser l'horizontale et les droites inclinées à 30° passant par les angles inférieurs du carré. Une fois le premier segment établi, il est facile de tracer le premier triangle équilatéral, puis le cercle circonscrit dont le centre est aux deux-tiers supérieur de la hauteur. Le deuxième triangle équilatéral devient alors évident et l'étoile met en évidence les deux rectangles dorés qui prennent la base des pointes. Suivent alors les constructions de plus petite taille, non représentées ici pour des raisons évidentes de saturation de l'image.

   Cette opération géométrique met en évidence la nature de la Géométrie Sacrée, qui relie des figures de nature différente; plusieurs calques de composition sont en quelque sorte collés. Les liens géométriques ont une signification d'ordre syntaxique dans le langage de l'image, et l'ensemble figures+liens porte littéralement la Symbolique.

   Quand Rublev pose au milieu de sa Trinité un rectangle au front de l'Autel, il nous dit que son tableau est porté par la Géométrie jusque dans son sens intime. Ce signe, qui échappe à tout discours narratif, ne se rapporte à aucun alphabet. Mieux qu'une signature, il est l'affirmation d'une véritable foi dans la Géométrie.