PRÉSENTATION DU EBOOK

DÜRER ET SES TAROTS

————   Yvo Jacquier   ————
CHAPITRE I

LES TAROTS DE MARSEILLE

LE MODÈLE DE NICOLAS CONVER 
Connaissez-vous les Tarots de Marseille ? On s'en sert pour tirer les cartes entre amis. Ce jeu cache bien des secrets, et la divination n'est qu'un aspect de sa richesse. Ces cartes puisent leurs symboles dans un lointain et mystérieux passé, et elle servent de support à la méditation et à l'initiation spirituelle.

Les tarots font leur apparition en Italie du nord au début du 15e siècle. Ils deviennent célèbres au 18e siècle à Marseille, quand de nombreux cartiers produisent ces images gravées sur bois et peintes au pochoir. La cité phocéenne n'a cependant pas l'exclusivité. Ainsi dès le 17e siècle, Jean Noblet édite à Paris une version de ce jeu très originale. On trouve aussi à Lyon en 1701 le tarot de Jean Dodal...

Le deux de deniers des tarots de Nicolas Conver


Nombre de cartiers s'inspirent d'un seul et même modèle. La version la plus aboutie de cette tradition est celle de Nicolas Conver à Marseille. Le seul jeu complet qui ait survécu réside à la Bibliothèque Nationale de France. Il est daté sur le 2 de Deniers : le cartier y a gravé 1760 au côté de son nom. En réalité, Nicolas Conver naît en 1784... L'explication de cette singulière anomalie nous plonge dans les archives de la franc-maçonnerie, mais l'histoire qui nous intéresse est plus ancienne encore. Elle nous mène jusqu'en Italie, en pleine Renaissance...

Quand l'imprimerie arrive, les peintres se trouvent bien dépourvus. À terme le livre imprimé signifie la mort de la peinture, pire : son asservissement à un texte terriblement valorisé par sa large diffusion. L'écrit s'annonce alors comme LA référence, et il ne restera plus à l'image que le statut d'illustration...

Cinq siècles plus tard apparaît le ebook et sa connexion illimitée à Internet. L'image peut de nouveau faire jeu égal avec le texte.
CHAPITRE II

LE TESTAMENT DE LA RENAISSANCE

LES VOYAGES DE DÜRER EN ITALIE 
Les artistes de la Renaissance se rassemblent en des académies appelées guildes. Avec Venise, Florence est une des villes les plus active au quattrocento. Les noms de Verrocchio, Botticelli, Vinci et Michel-Ange en témoignent. Sous la protection de la riche famille des Médicis, la compagnie de saint Luc (Compagnia dei pittori fiorentini di San Luca) attire non seulement les artistes italiens mais aussi leurs confrères européens. Il aura fallu plus de dix années de recherche pour reconstituer le savoir qui s'y transmet. Outre la technique, on y apprend en particulier l'art de la composition. Et si la perspective trouve à cette époque ses règles mathématiques, elle n'est pas le principal système de composition. Contrairement à une idée reçue, la perspective aide à “faire vrai”, mais elle ne porte pas le sens symbolique des oeuvres. Pour ce faire depuis des millénaires, les peintres et les architectes appliquent un tout autre système : la géométrie sacrée. Méconnue au point d'être souvent présentée comme une légende, cette extraordinaire technologie existe bel et bien. Et il est deux façons de le constater : l'une concerne la géométrie et ses formidables assemblages de figures, et l'autre les images pures, qui construisent des puzzles comme un authentique langage.

C'est par ce deuxième aspect que nous commencerons mais avant, il nous faut comprendre le rôle exact d'Albrecht Dürer dans cette histoire. L'imprimerie, le système perspectif, l'émergence de courants de pensée en rupture avec la tradition mettent les artistes en alerte. Le statut ancestral de l'image est menacé par celui d'un texte jusque lors amical et convivial. “Il faut sauver l'héritage” : rédiger un testament collectif. Cette attitude est un réflexe pour ceux qui pratiquent cet art. Un problème de taille se pose alors. Si les génies du quattrocento italien sont nombreux, ils ne sont pas graveurs. Or la réussite d'un tel projet ne saurait se passer de la gravure. Le testament de cette culture doit s'écrire dans la langue de l'image pure, et sous cette forme multipliée pour se perpétuer et éviter la fragmentation. Dürer intervient comme la réponse exacte. Graveur de génie, féru de mathématiques et chrétien dans l'âme. Il montre une telle passion pour la construction qu'il est adopté par la fine fleur de cette époque, notamment à Venise par les Bellini. Et puisqu'il est question de mathématiques, il trouvera un maître en Fra Luca Pacioli, auteur de la Divine Proportion et porteur du savoir byzantin.
CHAPITRE III

LE SAVOIR DES BYZANTINS

LES MATHÉMATIQUES PYTHAGORICIENNES 
Il faut plusieurs centaines de pages pour exposer les multiples pans de cette fabuleuse histoire. Cette présentation ne saurait les résumer, juste en donner le goût. Ainsi les mathématiques dont se sert Dürer évitent le calcul par peur d'effrayer les nombres. Cette géométrie avec les yeux se construit sur un quadrillage, qui permet de démontrer les figures et de les mesurer pour les traduire en langage humain. Le principe d'unité est le fondement de la pensée platonicienne. Et à cette occasion l'on (re)découvre la source originelle de l'humanisme :
ΑΓΕΩΜΕΤΡΗΤΟΣ ΜΗΔΕΙΣ ΕΙΣΙΤΩ

L'inscription mythique « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre » orne la porte de l'Académie de Platon. Légende ou réalité, l'affirmation est pertinente. Une géométrie de quadrillage entre dans la formation des disciples. De type pré-euclidien, elle ne définit pas encore l'axiome qu'elle pratique sous le statut de l'évidence. Les évidences des triangles semblables suffisent ainsi à reconstituer le corpus théorique de la géométrie sacrée. Ce savoir, que Thalès et Pythagore sont allés chercher en Égypte, comporte les propriétés du triangle 3-4-5, notamment quatre manifestations du nombre d'or, et bien d'autres structures (voir VI, Références scientifiques). La vesica piscis produit par exemple un hexagramme et un superbe pentagramme. L'ensemble se passe du calcul et du concept d'aire; cette pensée d'avant l'écriture s'applique à lire les figures et consacre les angles - d'où le terme de géométrie avec les yeux, où les démonstrations sont monstrations.

Parallèlement, un art des nombres se développe en Mésopotamie. La célèbre tablette babylonienne Plimpton 322 montre un très haut niveau de développement, dix-huit siècles avant notre ère. Ce large courant produira la Kabbale, et il s'unira à celui des formes venu d'Égypte sous la férule de Pythagore - le “Jean-Sébastien Bach de la musique des sphères”. Platon fera constamment référence aux pythagoriciens, preuve en est des solides qui portent son nom. L'ensemble de ce savoir, formes et nombres, se diffusera par la suite dans le monde, y compris musulman. Au moyen-âge, les moines byzantins sont les seuls en Europe à lire le grec dans l'intégrale. C'est naturellement à Constantinople que cette culture se fixe - en dépit de l'iconoclasme. Enfin la chute de la ville en 1453 est une des circonstances majeures de la Renaissance. Ses savants migrent pour une part en Italie du nord, amenant avec eux le projet des tarots.
CHAPITRE IV

LE LANGAGE DE L'IMAGE

LE PUZZLE DES SYMBOLES
Répondant à l'invitation des artistes italiens, Dürer va dépasser leurs attentes. Il conçoit une “arche de Noé pour symboles perdus”. Mais en plus de sauver l'héritage, il se veut pédagogue. L'artiste produit ainsi un ensemble de gravures, sur bois et sur cuivre, qui mérite le nom de « Projet Didactique de Dürer ». Le bois pour les tarots, le cuivre pour quatre gravures appelées Meisterstiche :
- Adam et Ève - 1504
- Le Chevalier, la Mort et le Diable - 1513
- Saint Jérôme dans sa cellule - 1514
- MELENCOLIA § I - 1514

Les tarots de Nicolas Conver

Le Bateleur (I) des tarots

Image grand formatCes oeuvres sont conçues pour s'assembler. Cela vaut pour leur géométrie et pour leurs symboles. Les deux aspects n'en font qu'un, mais il est plus facile dans un premier temps de constater les associations d'images.

Cela fonctionne à la façon d'un puzzle. Il suffit de poser les gravures les unes sur les autres et de regarder à travers la pile.

——————————————  LES MEISTERSTICHE

Adam et Ève, première gravure des Meisterstiche de Dürer
Image grand formatAdam et Ève - 1504


Le Chevalier, la Mort et le Diable, gravure des Meisterstiche de Dürer
Image grand formatLe Chevalier, la Mort et le Diable - 1513


Saint Jérôme dans sa cellule, gravure des Meisterstiche de Dürer
Image grand formatSaint Jérôme dans sa cellule - 1514


MELENCOLIA § I, gravure des Meisterstiche de Dürer
Image grand formatMELENCOLIA § I - 1514


Adam devient centaure

Premier degré du langage de l'image : l'association des symboles. Voici un exemple particulièrement didactique. Le buste d'Adam (Adam et Ève) s'associe au corps du cheval (du Chevalier) pour produire l'image du Centaure.

Le buste d'Adam et le cheval du Chevalier forment l'image d'un centaure

Image grand format Les courbes du poitrail de l'animal viennent précisément chercher celles du côté de l'homme. Il est à noter que l'encolure du cheval est (volontairement) démesurée.

L'association des cartes

L'Empereur et le Jugement
Les tarots sont une encyclopédie des symboles, et ils combinent leurs sujets pour produire des messages cohérents. Par leur association, les nuages du Jugement (XX) prolongent la barbe de l'Empereur (IV) qui devient ainsi Dieu le Père. La trompette du jugement (XX) vient se nicher dans le cou de l'aigle figurant sur le blason (IV).

L'Empereur et le Jugement des tarots délivrent un message symbolique par l'association de leurs représentations

Image grand format L'aigle (nom féminin) est l'actrice dynamique du message. D'une part elle couvre le corps du personnage qui se relève dans sa tombe (XX), de l'autre ses serres rejoignent de part et d'autre les mains des deux personnages du couple en prière (XX également). Cette aigle devient le symbole de l'âme du mort qui s'élève, et le message délivré peut s'énoncer ainsi :
« Le Ciel nous dit qu'il faut prier pour les morts afin que leur âme s'élève vers Dieu»
CHAPITRE V

MELENCOLIA § I

L'ÉCRIN DES TAROTS
On fête en 2014 le cinquième centenaire de cette gravure. À la Renaissance, « MELENCOLIA § I » est l'oeuvre la plus célèbre au monde. La Joconde ne la surclassera que bien plus tard dans l'esprit du public. En dépit de cette fausse concurrence, le burin de Dürer reste l'oeuvre qui inspire le plus grand nombre de mots. Articles, thèses, commentaires et poèmes se partagent les genres avec un bonheur assez inégal. Cependant une approche manque à ce catalogue : l'observation stricte de l'oeuvre. Pendant cinq siècles, des détails essentiels sont passés inaperçus alors qu'ils permettent de résoudre bien des mystères...

La leçon de choses

Prenons deux exemples.

Le peitit ange de Melencolia est Cupidon

1°) L'oeil gauche fermé, et l'autre ouvert, Cupidon tient sa tablette comme un arc. Il manque juste une flèche à sa main droite ! La balance, dans son dos, fait référence à sa mère Vénus, qui gouverne le signe de la Balance...

En Melencolia, les pieds de l'archange ne touchent pas terre, il flotte dans les airs. C'est saint Michel

2°) Ses pieds ne touchent pas terre, comme en témoigne le bord intérieur de sa chaussure droite : il passe devant le pommeau que forme le manche du rabot. Dans la position inclinée ou se tient le personnage, s'il était assis sur l'estrade il verserait en avant. Dürer insiste ainsi sur sa nature céleste, l'ange flotte dans les airs sans même user de ses ailes... C'est saint Michel !

Le titre et la date

La date de 1514
La date de l'oeuvre se rappelle des tarots et les lames XV et XIV. La Tempérance est une des deux représentation de saint Michel (l'autre étant la Justice).

La date, 1514, de Melencolia est une clé de l'oeuvre

La présence de la balance, au centre de la gravure, pourvue de la lettre ω (Oméga) complète le faisceau des attributs de l'archange. Ils font référence au jugement dernier où saint Michel pèse les âmes. Le compas de mesure sur la cuisse achève ce tableau.
Le titre de la gravure
La date, 1514, de Melencolia est une clé de l'oeuvre

La preuve d'identité la plus accessible (de l'Archange) est ici : « MELENCOLIA § I » est l'anagramme de « LEO IN MIC§AEL ». Le signe § joue le rôle de Joker pour que le décodage ne soit pas trop évident. Ce H manquant trouve une réciproque dans l'Hermite (lame IX) des tarots. L'étymologie du mot montre que ce H est superflu. Ce H est celui d'Hermès, signe d'Hermétisme (Hermès Trismégiste). Nous découvrons la dimension ésotérique du projet.
Indice symbolique
L'aile de l'archange montre le 14 de la Tempérance et le 1 de l'unité divine

L'aile de l'archange se rapproche de deux nombres. Le XIV - l'aile pointe en sa direction, et le I. La référence au 14 de la Tempérance est constante dans la gravure. Et elle est ici accompagnée du 1. Nous verrons que la gravure mesure 14 unités. Quatorze fois le carreau du quadrillage, diapason divin... Saint Michel, “qui est semblable à Dieu”. Dürer a pris ses plus belles plumes pour l'écrire. Et il aura fallu cinq siècles pour le voir.
CHAPITRE VI

LES STRUCTURES MATHÉMATIQUES

LES NOMBRES ET LES FORMES

Le langage de Cène

Cette expression désigne les combinaisons numériques que Christophe de Cène a identifiées à propos des tarots. Chaque lame correspond en effet, de façon unique, à la combinaison de deux dés pour les lames majeures, avec leurs 21 possibilités. Selon le même principe, il faut trois dés pour les lames mineures - et leurs 56 cas. Le Mat n'obtient, dans ces conditions, aucune combinaison. Enfin les arcanes majeurs sont liés aux mineurs : chaque combinaison à trois chiffres produit (au maximum) trois combinaisons à deux chiffres (1.3.4 donne ainsi 1.3, 3.4 et 1.4).

Le fait le plus étonnant concerne les seize figures. La somme de leurs trois chiffres reconstitue exactement la série des nombres depuis 3 (combinaison 1.1.1) jusqu'à 18 (combinaison 6.6.6). Il suffit alors de retirer 2 à toutes les sommes pour produire une série de 1 à 16... Précisément celle du carré magique de Melencolia : le placement des cartes dans les cases du carré le prouve. La distribution des cartes est alors parfaite, les Rois et les Reines remplissant même les diagonales. Il y a 880 types de carrés magiques d'ordre 4. Une telle coïncidence tient donc de l'improbable.

C'est cet élément qui, il y a une dizaine d'années, m'a mis sur la voie* de Melencolia quand je cherchais un auteur aux tarots de Conver - plus exactement à leur modèle. Les costumes à eux-seuls inclinent à penser que leur origine se situe au quattrocento. Ensuite il faut un excellent graveur... Le carré magique de Melencolia fut un jalon essentiel, et la recherche graphique qui s'en suivi apporta un lot de constats tout aussi étonnants.

(*) Je suis peintre depuis 1980, et ma formation scolaire est scientifique (mathématiques supérieures et spéciales). Cela m'a permis de comprendre la teneur et la portée des travaux de mon ami Christophe de Cène. Avant cette révélation, je ne me sentais pas concerné par l'ésotérisme. Quelques lectures (il est vrai assez sommaires) m'avaient donné une image très précaire de ce ”genre”. En revanche dès lors, une recherche devenait possible où la spiritualité, l'art et la science se conjuguent au lieu de s'ignorer.

La géométrie de composition

La composition de la gravure et celle des tarots se rejoignent. Elles s'accordent. Le rayon de la sphère de Melencolia donne l'unité d'un quadrillage valable pour les deux. Pour s'en rendre compte il faut connaître la série des sept triangles astrologiques des tarots. C'était le cas quand j'ai confronté les cartes à la gravure pour la première fois.

La composition des tarots confrontée à Melencolia en se calant sur la sphère

Image grand format Sept triangles (de type 3-4-5, tenus dans le cône d'une homothétie) forment la charpente des tarots, leur composition de base. Les triangles sont donc semblables, et chacun porte la symbolique d'un astre. Deux d'entre eux sont ici concernés : celui du Soleil et celui de Jupiter. Doit-on s'en étonner ? Le carré magique d'ordre 4 est lui aussi attribué à Jupiter. Selon le quadrillage, le rayon du cercle inscrit solaire est tout simplement 1, et celui de Jupiter est 7/6.

Le cercle inscrit du Soleil correspond à la sphère, par définition. Ensuite le cercle circonscrit au triangle de Jupiter correspond à l'arc-en-ciel. Et ce n'est pas tout... Quand on cale la composition des tarots sur la sphère, la bissectrice de l'angle supérieur du soleil indique un montant de l'échelle. Pourquoi le quadrillage des tarots est-il tourné à 45° ? Selon cette orientation, les hypoténuses des triangles adoptent une pente de 7. Ce 7 est une des clés de Melencolia, Dürer l'a même inscrit sur la manche de l'archange ! [aucune indication n'est jamais gratuite de la part de l'artiste]
Références scientifiques
En background de cette recherche, il était nécessaire de reconstituer la “partie en dur” de la géométrie de quadrillage, dite “avec les yeux”. J'ai eu la chance de collaborer avec les mathématiciens des IREM (Instituts de Recherche sur l'Enseignement des Mathématiques), notamment Jean-Paul Guichard, spécialiste de l'histoire des mathématiques. Une première publication a eu lieu dans la revue Repères-IREM N°87 en Mars 2012 :
Plus récemment, j'ai été invité à donner une conférence à l'université Charles de Prague, au département de pédagogie mathématique, à la faculté de Mathématiques et Physique :
« Geometry and Art » - 2 avril 2013
Sokolovská 49/83, Prague 8
Hôtes: Mgr. Zden?k Halas, DiS. et
Ph.D. et PhDr. Alena Šarounová, CSc.

Plusieurs aspects de mes recherches intéressent les mathématiciens (je peux même affirmer que cela les passionne). Le premier aspect concerne la découverte de propriétés oubliées de la géométrie, telle la présence de la proportion dorée dans le triangle 3-4-5. La reconstitution des figures de passage comme la vesica piscis quand elle produit un pentagramme.

Ensuite le corpus de géométrie pré-euclidienne (géométrie avec les yeux) intéresse tout particulièrement les pédagogues. Sur le plan scolaire ses éléments peuvent intégrer le cours de mathématiques depuis la 4°. En revanche de façon paradoxale, la compréhension intégrale des systèmes les plus développés, en ésotérisme des nombres où dans les grandes oeuvres de la géométrie sacrée, réclame le niveau de “bac+4” en mathématiques.
CHAPITRE VII

LA FARANDOLE DES CARTES

LES CARTES DES TAROTS SUR MELENCOLIA

Bonne surprise, l'accord de la géométrie correspond concrètement à la réalité physique. Melencolia et les cartes accordent leurs formats naturellement. Une preuve de plus, sachant que Dürer n'a rien laissé au hasard. La plus belle de toutes est celle que le symboliste Christophe de Cène s'est plu à analyser. Melencolia est l'écrin des tarots, Dürer a conçu la gravure pour accueillir les cartes afin de leur permettre un dialogue symbolique, “calque sur calque”.

Le Chariot, la Justice et l'Hermite des tarots sur Melencolia

Image grand format Les tarots sont souvent représentés comme une suite de ternaires : I - II - III puis IV - V - VI puis VII - VIII - IX etc. où l'on qualifie la première carte de spirituelle, la seconde d'astrale et la troisième de physique.

Ce schéma, très discuté, se précise grâce à la lecture que permet la géométrie. En résumé la première lame, spirituelle, pose une question. La seconde, astrale, établit un pont entre le terrestre et le céleste, et sert de conseil. La troisième, physique, constate le changement opéré.

Ainsi trois lames consécutives trouvent leur place naturelle en haut de la gravure, occupant tout l’espace de gauche à droite. La ligne d’horizon coupe au centre les trois cartes, rendant le placement du Chariot particulièrement expressif. La Balance de la Justice coïncide avec celle de la gravure, tandis que le Sablier se retrouve tenu par l’Hermite en lieu et place de sa lanterne. L'Hermite est une représentation de Saturne, et le sablier du temps qui s'écoule sans retour est son attribut. Par ailleurs il “mange” le carré magique de Jupiter pour répondre à la tradition mythologique. Remarque complémentaire : selon Christophe de Cène, Vénus a trois représentations dans les tarots. L'étoile est sa représentation terrestre, l'Impératrice est céleste, enfin la Justice est astrale. Cupidon se trouve ainsi logiquement dans les jupes de la Justice. D'autres détails ont du sens, comme l'emplacement du battant de la cloche à la place du coeur de l'Hermite, la coïncidence du ω qui orne la balance de Melencolia avec la main de la Justice. Ce visuel est un cas d'école.

La place centrale des cartes

Chaque carte trouve sa place sur la gravure. Parallèlement il est une place générique (dite centrale) où toutes les cartes viennent en quelque sorte affronter l'archange, particulièrement son regard... N'oublions pas que saint Michel est au coeur du jugement dernier. Seule la mort ose défier son regard...
La composition des tarots en sa place centrale sur la gravure Melencolia

Image grand format La structure des tarots à sa place centrale, accrochée par son quadrillage à l'angle du polyèdre. Les bissectrices des triangles du Soleil et de Jupiter se glissent entre les montants de l'échelle.


La carte de la mort, ou arcane sans nom, face à saint Michel en Melencolia

Image grand format nous découvrons ici la composition de Melencolia et sa grande croix grecque. Le pied droit de l'Ankou (tarots) est coupé par le triangle noir de la meule de pierre (gravure). Ce triangle est un symbole de fertilité, seul moyen de combattre la mort physique. La faux se perd dans la lumière de la robe de saint Michel : il reçoit l'âme des morts, ce chemin est le seul pour elle d'échapper à la mort.

Les médianes blanches de la croix grecque montrent : pour l'horizontale, l'angle du polyèdre où s'accroche le quadrillage des tarots; pour la verticale, le croisement du fer de la scie et du bois de la règle. Les tarots (gravure sur bois) croisent en effet Melencolia (gravure sur cuivre).
VIII

CONCLUSIONS

LE CONCEPT DU EBOOK
La perspective de Melencolia est également reconstituée, avec l'aide de Thierry Ciblac (de l'École Supérieure d'Architecture de Paris-La Villette). La distance focale est terriblement courte, si bien que l'essentiel de la gravure, notamment les outils de charpentier, échappent au cône naturel de la vision humaine. D'ailleurs l'échelle ne tient absolument pas debout, c'est tout sauf une échelle, ce que cache l'illusion de la perspective. Dürer nous met en garde sur la notion de progrès que l'on associe à ce nouveau système - dont il est un des pionniers. Melencolia serait-elle la vision d'un ange ? Une première exposition s'est produite sur ce thème au festival international d'art contemporain Tina b, qui s'est tenu en 2013 à la galerie Gask, Kutna Hora, République Tchèque :
Il ne saurait être question de tout exposer en quatorze pages (et de tout dévoiler). Le livre électronique ici présenté comporte plusieurs centaines de pages (entre 250 et 500 selon les lecteurs).

Les images pèsent au total plus d'un Gigaoctet. C'est le poids de leur revanche sur le texte. Pour délester le live, les visuels de haute définition ont été placés sur des sites internet, en lien externe. Leur version allégée réside à l'intérieur du ebook, assurant ainsi son autonomie. Au final, le poids du livre ne dépasse pas les 100 Mégaoctets. Le concept pourrait faire école.